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DELMOTTE
 
Né en 1901 à Charleroi, fils d’un verrier, Delmotte se cultive et développe son art principalement en autodidacte.

Avant de devenir artiste, Marcel Delmotte est artisan féru de perfectionnisme, créateur de faux marbres et de faux bois qui le mettront sur la voie de l’Art. Il fréquente l’atelier du peintre Léon Van der Houten à l’Université du travail de Charleroi. Subjugué par l’Ecole métaphysique (scuola metafisica) de Georges de Chirico pour son renouement avec le Quattrocento, il avance cependant pas à pas, sans maître, sans doctrines académiques, car il désire analyser les phénomènes physiques avec recul.

Inspiré par la Bible, la Divine Comédie et la mythologie, son imaginaire se construit néanmoins sur la réalité. Du reste, une rigoureuse alternance entre dessins objectifs et œuvres mentales purement imaginatives scande son travail. Ses œuvres sont construites sur une improvisation feinte : des taches multicolores couvrent la surface dans un heureux chaos qu’il orchestre par la suite selon une partition rigoureuse, dégageant progressivement son sujet dans une constante recherche d’harmonie.

La plupart de ses compositions se voient d’ailleurs construites selon le nombre d’or, dans un esprit humaniste. Tout au long de son cheminement, son principal souci restera d’ailleurs l’évolution de l’humanité. Son penchant pour l’archéologie et pour la nostalgie des choses perdues fait de Delmotte un romantique ; ses paysages cosmiques nous évoquent Da Vinci et les estampes chinoises ; ses quelques natures mortes de fleurs palpables coexistent avec des paysages de terres brûlées et des univers rocailleux. « L’art de Marcel Delmotte est placé sous le signe des métamorphoses, ces changements de structures.

C’est un art fantastique. Des fleurs qui ne sont mentionnées dans aucun manuel de botanique, fleurs maléfiques et fleurs renfermant un poison, glacent le sang dans les veines. Certaines compositions, sont des pantomimes, réglées comme des ballets ou des Combats, signés Antonio Pollaiuolo. L’artiste restitue leur prestige intégral à la perspective et à l’anatomie, ces sciences mortes ou ces sciences tombées en désuétude qu’il régénère, comme Georges de Chirico les a régénérées. Il le fait parce que, désormais, il a toutes les audaces. » (Waldemar, G., Le monde imaginaire de Delmotte, éd. Max Fourny, Paris, 1969, pp. 46-47.) Ses nus sont impassibles, la plupart sont sans visage. En réalité, il s’agit plutôt de divinités auxquelles Delmotte a conféré une apparence humaine : naïades ou dryades posant devant un spectacle de désolation, paysage ravagé par la guerre ou par une catastrophe naturelle aux forces dévastatrices. Le statisme de ses femmes fait penser aux propos d’une héroïne d’un poème de Baudelaire : « Je hais le mouvement qui déplace la ligne, Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris. » Qu’il s’agisse de natures mortes, de nus, de paysages ou de compositions architecturales, les déclinaisons de Delmotte se font coloristes et fantastiques, mystiques et mythiques. Contemporain de Magritte et Delvaux, certains auraient tendance à le qualifier de surréaliste.

A cela, l’artiste répondrait : « Je me suis toujours défendu d’être un surréaliste. Je ne nie pas le surréalisme, mais je me considère plutôt comme un classique de mon temps, peut-être teinté de surréalisme parce que toute œuvre d’art est surréaliste. » (Emission de la radiodiffusion belge du 16/01/1969, entre Magda Palatchi et Marcel Delmotte) L’artiste a participé au Salon d’Art Libre à Paris en 1962.

Il récoltera de nombreuses récompenses : Premier Prix de peinture Richard Dupierreux (1958) – Premier Prix Chapman (1965) – Médaille d’argent de la Peinture belge (1960) – Médaille d’or au Conseil européen d’art et d’esthétique (1964). Tout grand artiste belge, Marcel Delmotte sera représenté par la galerie Brachot, dont il deviendra la figure de proue, de 1961 à 1972. Isy Brachot représenta Marcel Delmotte jusqu’en 1993 et organisa plusieurs expositions des plus prestigieuses de Paris à New York en passant par le Japon. A ce jour, plus de cent tableaux de Marcel Delmotte sont référencés dans des musées tant en Belgique qu’à l’étranger. L’artiste nous a quittés en 1984.

Une abondante bibliographie le concerne : PIRON P., « Le Dictionnaire des Artistes Plasticiens de Belgique des XIXe et XX siècles », éd. Art in Belgium, Lasne, 2004 – WALDEMAR, G., « Le Monde imaginaire de Marcel Delmotte », éd. Max Fourny, Paris, 1969 – MAC DONOUGHT, F., « Le maître du Surréalisme en Belgique », éd. Labor, 2006 – CASO, P., « Les dessins de Delmotte », éd. Mecenart, Bruxelles, 1998.

Torlet Anne-Sophie, historienne de l’Art.


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